Kaizen, le docu-spectacle ultime ? (20)

En 2024, Inoxtag, jeune vidéaste français à 9 millions d’abonnés, se lance un défi vertigineux : il se donne 1 an pour gravir l’Everest. Pour documenter son périple, il réalise une production de plus de 2 h, nommé Kaizen, mot qui signifie « amélioration continue ». Entre documentaire, spectacle, culture web, quelles questions poser à ce film pour être un support d’éducation aux médias ?

Identifier l’usage des procédés
de fiction dans le documentaire

L’objet à analyser

Un spectacle sur Youtube

Souvent en partant de rien, certain·es youtubeur·euses ont acquis de plus en plus de moyens pour réaliser leurs vidéos. Défis impossibles, rencontres de stars, grosses productions… on assiste régulièrement à une escalade des moyens mis en œuvre pour la réalisation de vidéos, jusqu’à atteindre des standards cinématographiques et télévisuels. Dans ce type de production, le passage fait entre production amateur et professionnelle est très clair. Ici, comprendre les ficelles qui font adhérer le spectateur au film (au point de vue qu’il développe) permet de prendre du recul sur comment les ficelles audiovisuelles sont utilisées pour attirer le public. Etant utilisé par le format documentaire, le spectacle nous apparait plus vrai que nature, pourtant il est bien soutenu par une série d’opérations de langage médiatiques.

Dépassant les 11 millions de vues en moins de 24 heures, Kaizen (sorti en 2024) en est un bon exemple. Diffusée sur YouTube mais aussi dans les salles de cinéma et à la télévision, la vidéo ne se définit plus uniquement par sa plateforme de diffusion. La vidéo se présente comme un documentaire, bien qu’ici d’un système de production venant plus du web que du cinéma. Le spectacle est garanti, la mise en récit est haletante, le film se présente comme un support intéressant à déconstruire.

Un contrat de lecture

Le genre documentaire

Le genre documentaire se distingue de la fiction par sa volonté de rendre compte d’événements réels dans un objectif informatif. Cette définition n’écarte en rien la notion de point de vue par lequel cette réalité est montrée.
En qualifiant sa vidéo de « documentaire », Inoxtag crée un contrat de lecture particulier avec les spectatrices et spectateurs : il promet à son public qu’il verra une production dans laquelle l’auteur s’engage à être capable de documenter ce qu’il s’est passé en vrai. Cependant, comme tout documentaire, Kaizen se veut être un film qui divertit par la même occasion. Son propos central est sur le dépassement de soi et l’épreuve physique et morale que représente cette ascension. C’est pourquoi, le film fait le choix d’une mise en scène très poussée techniquement, divertissante qui pose l’enjeu de faire la part des choses entre le spectacle et « le propos » tenu par le film.
La proposition d’activité qui suit s’intéresse aux 5 premières minutes du film Kaizen et on pour vocation d’exploiter cette séquence comme un support d’analyse critique de ce qu’est un documentaire et particulièrement lorsqu’il est mis en spectacle.

Déroulement

Activité pédagogique

Les élèves regardent plusieurs exemples d’affiches de film et de vidéo et tentent de répondre collectivement différentes questions :
> À votre avis, de quoi va parler ce contenu ?
> Est-ce que vous vous attendez à :

  • apprendre quelque chose ?
  • voir quelque chose « de réel » ou de mis en scène ?
  • être diverti·e ?

> Faites-vous confiance à ce contenu ? Pourquoi ?
> Supports possibles à mobiliser :

  • La miniature d’un vlog YouTube.
  • L’affiche d’un documentaire.
  • L’affiche d’un film de fiction.
  • Une capture d’écran de journal télévisé.

Ce faisant, l’enseignante ou l’enseignant amène les élèves à comprendre que nous n’avons pas les mêmes attentes face à un film de fantaisie que face à un journal télévisé. C’est ce que l’on appelle le contrat de lecture : en regardant un journal télévisé, le public accepte l’idée que les informations présentées reposent sur des faits réels, alors qu’en regardant une œuvre de fiction, on est d’accord d’entrer dans un univers imaginaire, peuplé de créatures fantastiques par exemple.

L’enseignante ou l’enseignant introduit ainsi les notions de typologie et de genre, précisant que ces concepts concernent non seulement les contenus vidéo, mais aussi en littérature, les jeux vidéo ou tout autres types médias.

L’enseignant·e interroge les élèves sur leurs connaissances :

  • Qui connait Inoxtag ?
  • À quoi est-ce que vous vous attendez quand vous regardez une de ses vidéos ?
  • Qui d’entre vous a entendu parler de cette vidéo ? Qui l’a déjà visionnée ?

Voici quelques points d’attention auxquels les élèves peuvent être attentif pendant le visionnage :

  • Comment la vidéo se présente-t-elle ? Quels sont les images que vous voyez, la musique que vous entendez, etc. ?
  • Qu’est-ce qui rappel un documentaire ? Qu’est-ce qui ressemble aux autres vidéos YouTube ? Qu’est-ce qui fait penser à une oeuvre de fiction ?
  • Qu’est-ce qui vous donne confiance dans le contenu ?
  • Pensez-vous que Inoxtag va « cacher » des choses vécues dans son montage final ?

Ici, vous retrouverez quelques exemples de réponses possibles :

  • Les images s’enchaînent rapidement (cut, jumpcut, etc.) : le montage rappelle celui des films de fiction.
  • La musique est épique : elle ressemble à celle des films d’aventure ou d’action.
  • Il y a un mélange d’images de fiction (image de l’aigle, Everest entouré d’éclair, etc.), d’images filmée pour la vidéo (Inoxtag de dos, certaines images de l’Everest, etc.), d’images d’archive (en noire et blanc) et d’image propre à la culture internet (Minecraft).
  • La narration : comment le Youtuber s’y prend pour intégrer le spectateur dans son récit ? En racontant « son parcours » durant l’association.

On peut, à la suite du visionnage, approfondir d’avantages ces questions :

  • Est-ce que cette vidéo ressemble aux documentaires habituels ?
  • Est-ce que vous avez tendance à croire ce qui est montré ? Pourquoi ?
  • Si le sujet n’est pas déjà abordé, on peut également poser la question de la popularité de la vidéo : est-ce que le fait que la vidéo soit très connue change votre avis dessus ?
  • Est-ce que tout ce qui est présenté est forcément vrai ou objectif ? Pourquoi ?
  • Pourquoi y a-t-il de la publicité dans la vidéo ? Est-ce que cela gêne le visionnage ?

Invitez les élèves à réfléchir au fait que Kaizen délivre un récit et via son documentaire, un point de vue sur l’ascension de l’Everest. Des articles plus critiques sur ce qui n’est pas montré dans le film montre qu’une partie des choses : qui sont les sherpas qui l’accompagnent dans son ascension ? L’histoire du nom « Everest » qui est plus anciens ou encore la pollution ou même la surpopulation de touristes sur le mont, le coût que cela représente. Ces éléments ne sont pas explicitement traités dans le documentaire et montre que Kaizen est un récit fait de choix.

Est-ce qu’un contenu peut être sincère, mais quand même orienté ? En quoi le mot « documentaire » peut-il réduire l’esprit critique ? Quels sont les réflexes à adopter face à un contenu présenté comme vrai ?
Si on fait une recherche Internet sur la mise en scène de Kaizen, que pourrait-on trouver ?

Médiathèque

Supports pour l’activité

source

L’extrait du début du film Kaizen

Nous l’avons hébergé sur Vimeo et vous pouvez télécharger l’extrait à partir de Vimeo.

Par ailleurs, vous trouverez l’entièreté du film sur Youtube.