Pourquoi sommes-nous attiré∙es par des contenus sensationnalistes ? Car ceux-ci sont remplis de biais cognitifs, qu’il est important de déconstruire. Pour aider les élèves à repérer les biais cognitifs dans le traitement de l’information sur le réchauffement climatique, nous vous proposons une grille d’analyse structurée, accompagnée d’un cas pratique concret.
Propagande
Une désinformation environnementale
La désinformation sur le réchauffement climatique est largement répandue sur les réseaux sociaux, où elle bénéficie d’une grande visibilité. Entre intérêts économiques, politiques et personnels, les débats autour des questions climatiques sont souvent houleux et peu construits. Les fake news sont ainsi construites autour de stratégies délibérées (par les lobbies, certains politicien∙nes) et de failles structurelles (biais cognitifs, réseaux sociaux, complexité du sujet). La désinformation climatique désigne les contenus mensongers ou manipulés qui remettent en cause l’existence des changements climatiques, leur gravité ou les solutions possibles. Cela inclut des théories du complot ou des discours minimisant l’impact des activités humaines sur le climat.


Stratégie
Biais cognitifs et polarisation
Le climat est un système complexe, et il est facile de manipuler ou de sortir des données de leur contexte pour brouiller la compréhension du public. De cette manière, les médias favorisent des contenus sensationnalistes qui alimentent nos biais cognitifs et donc notre réactivité aux publications.
Un biais cognitif est ainsi renforcé par nos émotions (peur, déni, etc.) qui influencent nos jugements et décisions. Par exemple, nous avons tendance à plus facilement croire des informations qui vont dans le sens de nos opinions (biais de confirmation), c’est pour cela que beaucoup de mouvements politiques rejettent la science du climat car ils la perçoivent comme une menace à leur vision du monde (libéralisme économique, souverainisme, etc.).
Certains pays vont même jusqu’à utiliser la désinformation climatique comme une arme géopolitique pour ralentir les actions environnementales des autres nations.
Déroulement
Activité pédagogique
Cette activité se déroulera en plusieurs étapes et se veut à la fois critique et pratique. Les élèves travailleront collectivement sur l’analyse de cas de désinformation climatique avant de produire eux-mêmes du contenu sur le sujet.
1. Introduction au sujet et proposition d’une grille d’analyse critique
Commencez par introduire le sujet à vos élèves en vous basant sur cette définition :
La désinformation climatique est une information trompeuse et fausse qui tend à questionner l’existence et les conséquences des changements climatiques.
Proposez-leur ensuite une grille d’analyse, tirée du Détecteur de rumeurs sur les biais cognitifs liés à la désinformation climatique. Il existe dès lors 4 types d’affirmations douteuses à repérer dans les contenus environnementaux.
- Les affirmations qui enfoncent une porte ouverte, celles-ci mettent en avant un fait qui semble avoir été oublié par la science du climat, mais qui n’a jamais été réfuté par celle-ci. Exemple : la terre tourne autour du soleil.
- Les affirmations fausses, celles-ci prennent la forme d’accusations envers les climatologues (ex. le rôle du soleil n’a pas été pris en compte dans les études sur le réchauffement climatique). Elles peuvent aussi prendre la forme de graphiques, souvent pas cités, mettant en avant des données qui démontrent l’inexistence du dérèglement climatique. D’autres encore sont basées sur des rumeurs, ou sur des faits qu’on décontextualise.
- Les affirmations trompeuses, l’information peut être vraie, mais trompeuse. Par exemple : « les hivers sont de plus en plus froids dans certains pays » est vrai mais n’invalide pas le réchauffement planétaire.
- Les affirmations qui s’appuient sur une méconnaissance de l’information scientifique, un consensus scientifique est basé sur des faits et des études et non sur des opinions. Des argumentaires ne peuvent donc pas s’appuyer sur des pétitions ou sur une phrase telle que « un prix Nobel a dit… ». Ainsi, un avis d’un climatologue importe moins qu’un ensemble d’études sur le sujet.
À travers ces explications précédentes, invitez les élèves à s’approprier les questions suivantes dans le but d’analyser des actualités climatiques :
- Qui publie l’information, est-ce une source fiable ?
- L’information repose-t-elle sur des faits ou des opinions ?
- L’information est-elle soutenue par le consensus scientifique ?
- L’information joue-t-elle sur mes croyances ou intuitions ?
- Pourquoi cette information est-elle diffusée ? qui y gagne ?
- L’information essaie-t-elle de me rassurer, m’indigner ou de me rassurer ?
2. Cas pratique
Présentez des médias tirés d’un post TikTok et invitez les élèves à les analyser à l’aide de la grille d’analyse fournie. Leur tâche consiste à identifier les biais cognitifs présents dans ces contenus, qui pourraient favoriser la désinformation. Cette activité vise à développer leur esprit critique face aux informations diffusées sur les réseaux sociaux.
3. Mise en situation de production de médias
Pour vérifier la bonne compréhension des élèves sur la désinformation climatique, proposez-leur une activité de création. Chaque élève doit produire un média fictif de désinformation sur le réchauffement climatique en intégrant des biais cognitifs. Ils devront chercher des images liées au climat, puis les modifier à l’aide d’un logiciel de création (Canva, Cymera, etc.), en ajoutant de nouveaux commentaires ou légendes, illustrant les mécanismes de désinformation et les biais identifiés.
4. Réflexion et débat
Une fois que les élèves ont terminé de produire leurs médias, l’enseignant organise une discussion collective sur les méthodes utilisées pour créer les contenus, ainsi que sur le choix des commentaires ou des titres. Cette réflexion permet d’approfondir leur compréhension des mécanismes de désinformation.
Une autre approche consiste à demander aux élèves de préparer en amont chacun un post (images ou vidéos) provenant de leurs réseaux sociaux, contenant de fausses informations sur le réchauffement climatique. Pendant l’activité, les élèves pourront se mettre en groupe de deux ou trois et analyseront ces contenus pour identifier et discuter des biais cognitifs qui y sont présents. Cette méthode favorise une réflexion critique tout en s’appuyant sur des exemples tirés de leur quotidien.
L’activité peut être déclinée en plusieurs cas pratiques. Les élèves peuvent également se baser sur d’autres formats informationnels (articles de presse, journal télévisé, débat, etc.).
Proposez également à vos élèves de partir de thématiques qu’ils et elles maitrisent (ex. le foot, les séries télévisées, les films récents, etc.) et de créer en classe des fake news illustrées par des arguments fallacieux. Vous pouvez retrouver des exemples d’argumentaires dans ce recueil du Cortecs.
Médiathèque
Supports pour l’activité
source
La vidéo Tiktok
Il s’agit de la vidéo publiée sur la chaine Tiktok de @nouveau.desordre.mondial le 26 septembre 2024 (consulté le 07/07/2025).
Nous l’avons extraite de Tiktok pour qu’elle soit conservée sur notre compte Vimeo. Ainsi, vous pouvez la télécharger facilement.
Ressource complémentaire
La désinformation climatique
Cette ressource d’Équiterre définit clairement la désinformation climatique et en donne des exemples concrets (ex. : minimisation de l’impact humain ou théories climatosceptiques). Elle aide l’enseignant à identifier les stratégies de manipulation les plus fréquentes. Utile pour introduire le sujet et nourrir les grilles d’analyse en classe.
Ressource complémentaire
Sciences-Presse
Cet article de Science-Presse présente 4 façons concrètes de repérer la désinformation climatique, comme l’usage de données sorties de leur contexte ou les faux experts. Il fournit des exemples clairs et facilement réutilisables en classe. Idéal pour outiller les élèves dans l’analyse critique de contenus.
Ressource complémentaire
Petit recueil de 25 moisissures argumentatives pour concours de mauvaise foi
Ce recueil du Cortecs propose 25 « moisissures argumentatives », soit des erreurs de raisonnement courantes (ex. : appel à l’émotion, généralisation hâtive). Il sert de base concrète pour décortiquer les arguments fallacieux dans les fake news. Parfait pour aider les élèves à construire ou démonter des discours trompeurs.